Les Sources de Cheverny

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Aujourd’hui, surprise ! Je prends mes cliques et mes claques, et je me casse ! Oui mais où ? Je ne sais pas, c’est une surprise je vous dis ! Après quelques kilomètres avalés sur l’autoroute, et un pique-nique champêtre en bord de Loire au chant des oiseaux, nous y voilà. Le domaine s’ouvre sur un portail classieux et après une longue allée boisée, nous apercevons le château. Difficile de ne pas être impressionnée par le charme, le calme et la propreté des lieux. Un mélange de vieilles pierres, de bâtiments modernes en bois et d’espaces verts qui rassemblent exactement ce dont j’ai besoin à cet instant précis : profiter et me détendre. Je note dans mes tablettes qu’il faudra venir en Porsche la prochaine fois, et nouer un pull en cachemire sur mes épaules pour me fondre un peu mieux dans le décor. Mais bon, j’ai naturellement la classe donc ça va.

Je vous passe les multiples services dont nous pouvons profiter « gratuitement ». Allez, je vous donne quand même un petit aperçu, c’est bien parce que c’est vous. Au rez-de-chaussée du château, les salons en enfilade proposent un billard français, un piano à queue, des jeux d’échec, un honesty bar, ou encore une salle de fitness. A la sortie du spa attenant au château, des bottes de toute pointure sont disponibles pour emprunter les chemins du parc forestier en cas de pluie. Un bain nordique à remous qui sent bon le cèdre se trouve à l’orée du bois. Les vélos sont en libre service pour aller rendre visite aux chevaux et ruches du domaine, aller de terrasse en restaurant en terrain de tennis en salon en piscine, ou aller par les petites routes de campagne jusqu’au château de Cheverny par exemple si le coeur vous en dit.

Bref, j’arrête de m’étaler sur des détails accessoires et je passe aux choses sérieuses. Vient le soir et le dîner gastronomique. Nous apprenons que le restaurant a obtenu sa première étoile au Michelin la semaine dernière, ce qui ne gâche rien ! Avant de passer à table, nous allons au bar situé dans l’ancien chai. Il propose une carte des vins impressionnante et une bonne soixantaine d’alcools forts exposés derrière le comptoir. Nos yeux bioniques repèrent une bouteille singulière : nous trinquons au Matsui, un mélange subtil de whisky et d’umeshu qui convient parfaitement à l’humeur printanière en terrasse.

Rendez-vous au Favori pour un dîner en quatre temps. Puisque nous avons réservé le premier service, nous avons tout loisir de choisir la meilleure table du restaurant, face à l’étang dans lequel les grenouilles et les oiseaux prennent aussi leur dîner. Nous préférons garder la surprise du menu que nous découvrirons au fur et à mesure, et nous faisons confiance au sommelier pour l’accord des vins. Nous commençons avec deux amuse-bouches trop mignons : un croustillant à la butternut et une pita à la roquette sauvage. Je suis bluffée par la réalisation de la pita et le serveur nous donne quelques secrets de fabrication. Ce qui est vraiment important c’est la précision de la température du four qui permet de souffler le pain et de le garder si fin sous cette forme. Ensuite le chef perce un tout petit trou au couteau en dessous et le farcit délicatement. Le serveur avoue tout de même que cette manipulation entraîne quelques pertes ! Tu m’étonnes !

Ensuite arrive une beau monticule de beurre du coin, et un pain brioché gourmand absolument divin. Puis, une serveuse dispose une coupe citronnée dans laquelle elle nous invite à tremper une tige de thym, et précise qu’il s’agit d’un rince-doigt pour la suite. C’est sympa de sa part de nous éviter la honte totale de boire un rince-doigt. On commence à spéculer sur la suite des événements. Un rince-doigt, donc des crustacés ? Des huîtres ? Est-ce qu’on va réussir à les avaler ? Et la saison des moules, c’est quand déjà ? Va-t-on revivre l’enfer des ormeaux qui tentent de s’échapper de la table ? C’est la surprise, donc c’est l’aventure ! Contre toute attente arrive un plat tout à fait gentil et civilisé : des sashimi de bonite sur un lit de céleri, accompagné d’une sauce au soja, miel et gingembre. Pour mon palais japanophile, c’est un régal. C’est doux et frais, sucré et salé.

S’en suit une deuxième assiette tout aussi délicieuse : un cabillaud tout juste cuit, dans sa robe de radis citronné. Il est accompagné d’une émulsion à l’huile d’olive et aux échalotes, et recouvert d’herbes acidulées. Quand la serveuse nous parle de raisin de mer, je fais ma béotienne en pensant avoir mal entendu. C’est en fait une algue, sous forme de minuscule grappe aux grains croquants et iodés. C’est là que le rince-doigt disparaît de la table sans que nous n’ayons eu loisir de faire trempette dedans. Notre hypothèse : il servait pour la dégustation du pain qui était plus proche de la pure motte de beurre que d’une biscotte Krisprolls. Le mystère restera entier.

Le prochain plat continue dans les saveurs asiatiques que j’adore. Une belle tranche de bœuf à la fleur de sel avec une sauce au saté, cacahuète et crevette. A côté, un millefeuille de pommes de terre avec des champignons fermentés et des rondelles d’oignon. Grand succès ! En plus mon binôme me donne un peu de sa viande et je ne me fais pas prier pour la gober.

Interlude anniversairesque ! Encore une surprise, une assiette du chef qui me souhaite mon anniversaire avec une bougie à souffler ! Je ne pensais pas qu’ils étaient au courant. Et effectivement, ils ne l’étaient pas, sauf qu’à notre arrivée, au moment où nous avons choisi nos sièges, mon ami m’a dit nonchalamment : « Assieds-toi où tu veux, c’est ton anniversaire ». C’est là que tu te rends compte de la qualité du service, de l’attention au moindre détail. Je vous rassure, comme on n’est pas chez mémé, le serveur ne s’est pas mis à chanter, mais il m’a laissé le temps de faire un vœu avant de souffler.

And to finish, le méga soufflé au citron avec sa boule de glace au fromage blanc et à la menthe verte ! Le soufflé c’est super casse gueule si tu n’es pas bien entraîné, ça peut retomber vite fait et devenir tout raplapla. Mais là, il y a de l’expertise. C’est tout chaud, c’est moelleux, c’est fondant, et plus y en a plein ! La glace à la menthe, d’habitude ce n’est pas trop mon truc. Mais là c’est tellement bon qu’il n’y en a pas assez à mon goût ! La serveuse nous conseille de goûter l’un après l’autre, puis de mélanger les deux. Je fais ça et je n’en laisse pas une miette. Et pour continuer sur la même note, je prends un thé à la menthe fraîche, servi avec un chocolat et une pâte de fruit. Alors oui, un grand oui aux Sources de Cheverny. Je suis reconnaissante qu’on m’ait préparé une surprise aussi réussie. Je me délecte déjà de revenir et rien que d’y penser, je souris.

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